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        Par Liliane, juin 2026

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De livrée à bibliothèque : l'histoire de Ceccano

ANNIIBALDO CAETANI DA CECCANO, un influent et fastueux prélat

Il nait (probablement) en 1282, à Ceccano, à 80 km au sud de Rome dans le Latium, ville dominée par l’imposant château de sa puissante famille. Sa mère est Perna Tanza, qui revendique dans sa lignée deux papes et de nombreux cardinaux, et son père Bérard II, l’un des fidèles du pape Boniface VIII lors de son conflit avec Philippe le Bel. Il a trois frères de caractère fort vindicatif, et trois sœurs.

Ceccano dominé par le château ancestral de la famille

Blason de la famille Ceccano aigle mi blanc mi rouge sur fond alterné

Annibal est très attaché à son oncle et protecteur le cardinal Jacopo Stefaneschi, frère de sa mère. En 1308 il se rend à Paris pour ses études, bénéficiant grâce à celui-ci de nombreux bénéfices et canonicats (revenus de nominations en tant que chanoine) sans obligation de résidence, et obtient une maîtrise en théologie et en droit canon. Il devient proviseur et maître ès arts à la Sorbonne.

Giotto - Tryptique Stefaneschi - Le cardinal Stefaneschi, donateur,

vêtu sans apparat, son chapeau de cardinal posé au sol,

est agenouillé aux pieds du Christ - Pinacothèque du Vatican

Il choisit pour armoiries un blason bipartite : à gauche celui des Ceccano « de gueules à l’aigle éployée d’argent » , à droite celui de son oncle, des petites lunes sur bandes alternées blanches et rouges, le tout surmonté du traditionnel chapeau rouge de cardinal.

Chanoine de la basilique saint Pierre de Rome, il est fait archevêque de Naples par Jean XXII le deuxième pape français élu à l’âge de 72 ans dans l’espoir qu’il meure rapidement – ce qu’il ne fera que dix-huit ans plus tard – et doit donc être ordonné prêtre. Cardinal-prêtre de saint Laurent in Lucina, il arrive à Avignon en 1327 pour être nommé cardinal-évêque de Frascati.

 

Il occupe d’abord la livrée qui avait été édifiée après la destruction de 25 maisons à l’emplacement du musée Calvet actuel, puis en 1328 procède à un échange avec le cardinal Pierre d’Arrabloy qui vient s’y installer, tandis que lui-même déménage dans la livrée de ce dernier et y poursuit les travaux entamés : la livrée Ceccano à qui il laissera son nom.

Etienne Martelange - 1608 - La livrée vue du sud dominée par le clocher de saint Didier.

Il va y mener, entre ses nombreux voyages, une existence fastueuse et se verra tancé par Pétrarque pour cette raison. Pas moins d’une centaine de personnes sont à son service, si bien qu’il en loge une partie dans différentes maisons acquises alentour. Outre ses médecins, apothicaires, juristes, notaires, chantres, scribes, chapelains, camérier, damoiseaux et écuyers, gravitent autour de lui sa famille, cousins et neveux, dont l’un est fait chanoine de Cambrai avec les bénéfices correspondants… à l’âge de 14 ans.

 

Il veille aux mariages avantageux de ses sœurs et nièces avec des membres des familles papales, mais aussi entre cousins pas si éloignés, voire entre tante et neveu pour que les alliances perdurent et que les biens ne se dispersent pas.

Martini - Fresque de la Vierge à l'Enfant avec le cardinal annibal de Ceccano - Archives iconographiques du Palais du Roure

En 1331, Annibal, alors désigné comme évêque de Frascati, participe à la controverse initiée par Jean XXII sur la « Vision béatifique » – c'est-à-dire le salut et l’extase ultime qu’atteindra le croyant lorsqu’il sera en présence de Dieu – en soutenant le pape, attitude qu’il réfutera complètement par la suite.

 

Le nouveau pape, Benoît XII, accorde à Annibal de Ceccano la même confiance et le couvre de cadeaux et de bénéfices divers tels que paroisse bretonne, canonicats en Angleterre, préchanterie (direction de chœur sacré) de Carpentras et beaucoup d’autres en France et en Italie.

Vestiges du domaine de Gentilly

En 1342, l’élection de Clément VI, son ancien condisciple à la Sorbonne, ne diminue en rien la faveur du cardinal. Ayant acheté le château de Gentiliaco (Gentilly) près de Sorgues, une vaste propriété possédant fermes et dépendances, ménagerie exotique, jardins et bassins, il y reçoit le pape avec un faste extraordinaire : la chapelle aux

superbes vitraux est tendue d’or et de soie, les vêtements liturgiques sont splendides. « Dans le sanctuaire tout en entier, par terre, autour, en haut, on ne voyait que draps d'or, velours, tapis sur le sol et tentures, le tout à profusion. L'autel était orné de croix, de reliques, de pierres précieuses, d'images d'or, de mitres, d'ornements de devant d'autel, de tant de choses que les visiteurs marquaient leur surprise mêlée d'admiration ». Le festin de 27 plats est servi par écuyers et chevaliers vêtus d’or et de soie rouge, une fontaine distribue six vins différents, et des cadeaux sont offerts au pontife et à sa suite : il présente  « deux arbres, l’un d’argent avec pommes, poires et raisins ; l’autre vert, portant des fruits confits ». Tournoi, combat à l’escrime et danses égayent le repas ; l’un des divertissements consiste à faire tomber les manants venus en curieux dans la rivière pour amuser le pape !

Cette propriété sera léguée à sa mort à l’ordre des Célestins, vendue comme bien national à la Révolution et saccagée par son acquéreur. A présent centre de formation, elle appartient à la ville de Sorgues et donne sur un parc public.

En 1346, Annibal de Ceccano et Etienne Aubert  (futur pape Innocent VI) sont en mission officielle en Angleterre en tant que nonces du Siège apostolique, chargés de tenter de rétablir la paix entre les princes chrétiens. Annibal est distingué pour sa compétence et sa fidélité, homme de confiance dans le cercle restreint des conseillers du pape.

 

Il représente celui-ci en tant que légat au jubilé de 1350. Au cours de son pèlerinage aux basiliques majeures, il est la cible d’un attentat à coup d’arbalète mais seul son chapeau de cardinal est transpercé. Le commanditaire présumé sera excommunié.

Etienne Aubert

Chargé de réconcilier la reine Jeanne avec son deuxième mari Louis de Tarente, il quitte Avignon en 1349 pour se rendre en Italie, et meurt l’année suivante sur le chemin du retour, ainsi que plusieurs membres de sa suite. Des rumeurs d’empoisonnement circulent. Revêtu de l’habit franciscain, son corps est transporté à Rome où il désirait être inhumé au côté de son oncle Jacopo Stefaneschi.

 

Un service solennel est donné en son honneur à Notre-Dame des Doms en 1351.

Le destin de la livrée

La livrée du temps d’Annibal de Ceccano et de ses successeurs se composait du corps central actuel couronné de créneaux, avec des fenêtres à meneaux.  La partie de droite s’est trouvée masquée, ainsi que la porte d’entrée principale à arc en tiers-point, par la construction de l’aile droite au XVIIIème siècle.

A la mort d’Annibal la livrée, véritable « maison forte », devient la résidence de plusieurs cardinaux successifs. C’est là que fut logée Catherine de Sienne, dominicaine mystique venue en 1376 persuader le pape Grégoire XI de retourner à Rome.

 

Lorsque le pape et toute sa cour regagnent en effet Rome, à partir de 1418 la livrée devient la propriété de pusieurs familles dont celle de Charles de Brancas, un protestant dont les biens seront confisqués lors des guerres de religion par la chambre apostolique d'Avignon qui récupère la livrée avant de la vendre à la ville.

On y installe un collège jésuite de 1564 à 1768, qui comptera jusqu’à 1600 élèves parmi lesquels Alexandre de Rhodes qui composa un dictionnaire français-vietnamien, le musicien Nicolas Saboly, le père La Chaise, Joseph Vernet…. Les Jésuites agrandissent considérablement la livrée : l’escalier monumental date de 1608 ; ils édifient la partie gauche et l’aile gauche du bâtiment (actuellement la bibliothèque Jeunesse) qu’ils font relier en 1674.par un arceau à la livrée de Venise (actuellement l’école Frédéric Mistral)  et construisent l’église du noviciat (actuellement Musée Lapidaire).

L'église du noviciat et l'arceau reliant la livrée de Venise

Traces des travaux d'Athanase Kircher

L’astronome Athanase Kircher (1602-1680), surnommé le « Phénix des savants » fait construire un observatoire dans la tour de la Motte et peindre des « décors uranographiques » : au moyen d'un jeu de miroirs, les rayons du soleil et de la lune se matérialisaient par des taches lumineuses sur les murs, ce qui permettait la lecture des heures solaires et lunaires. On pouvait également suivre le soleil parmi les signes du zodiaque, retrouver la position des planètes et les grandes dates fixes et mobiles du calendrier. Il en reste quelques traces peu visibles.

A l’expulsion des Jésuites en 1768,  leur succèdent les Bénédictins puis les Doctrinaires, tous renvoyés lors de la Révolution. Le collège est alors transformé en caserne. L’aile droite, qui empiète sur la livrée et a entraîné la suppression de l’entrée originelle, est construite à cette époque.

De 1810 à 1960, le « Petit lycée » impérial, puis royal, y est établi, lequel accueille en particulier Frédéric Mistral, René Char, et où enseigne Stéphane Mallarmé. Les dortoirs de l’internat sont installés dans les salles du troisième étage et le réfectoire au premier.

Au déménagement du lycée devenu trop exigu, une caserne de CRS est implanté dans les bâtiments puis l’ensemble reste inoccupé jusqu’à ce qu’en 1968, le jardin serve de lieu de théâtre off et que la troupe du Living Theatre de Julian Beck et Judith Malina aux spectacles incendiaires y réside, suscitant le scandale quand les acteurs déambulent quasiment nus dans les rues alentour…

Judith Malina et Jullian Beck en 1968

La restauration des bâtiments et les décors peints

Le service des Monuments Historiques est né en 1830 : Prosper Mérimée qui en occupe le poste d’Inspecteur général de 1834 à 1860 arrive rapidement à la constatation que « les réparateurs sont aussi dangereux que les destructeurs » et impose le choix de l'architecte-restaurateur afin de préserver au mieux l'intégrité des bâtiments.

 

La réutilisation du patrimoine monumental est une politique presque systématique à Avignon, car conserver sans utilisation n'a pas de sens et coûte trop cher. « Avignon fait partie de ces cités qui sont des phénomènes légués par l'Histoire. Les Avignonnais ont de ce fait des devoirs et ils doivent protéger leur patrimoine. Plutôt que d'en faire une ville-musée, nous avons choisi de profiter des cadres prestigieux existant pour en faire une ville vivante avec des hommes qui partagent un cadre de vie aussi beau que familier ». Les travaux de restauration de la livrée vont être menés en un temps record.  

Le jardin

 

Le jardin a été baptisé Pierre de Deimier, un poète né à Avignon vers 1580. Disciple de Malherbe, le « réformateur de la langue française ». Deimier se vantait d’avoir composé 30 000 vers avant l’âge de vingt ans, mais ceux-ci ne sont pas réputés pour être excellents.

Après avoir servi de parking, le jardin a été planté d’oliviers dont les olives sont récoltées chaque année, de platanes et de cyprès. Le buste d’Henri IV rappelle que Louis de Balbes de Berton de Crillon, dont l’Hôtel se trouve rue du roi René, fut l’un de ses principaux lieutenants.

Le jardin, ombragé et pourvu de bancs, accueille diverses manifestations culturelles organisées par la médiathèque, lectures, expositions de photographies, « midi-sandwich », et spectacles pendant le festival.

Rez de chaussée

 

Le plafond du hall et celui de la pièce d’accueil sont d’origine, des travées séparées par de grosses poutres. Dans le hall se trouve une porte de style Louis XIII sculptée, en noyer. La bibliothèque Jeunesse, fondée à la mémoire de la famille Lyon-Berheim, est à présent installée dans l’aile droite édifiée par les Jésuites.   

Le hall d'entrée reliant la livrée au lycée des Jésuites

Porte de style Louis XIII

Salle du 1er étage

 

Lors de la restauration le décroutage des murs extérieurs fit apparaitre un danger d'effondrement. L'écartement des murs est et ouest atteignait 40 cm déboitant presque complètement les poutres porteuses. Le renforcement des piles d'angle permit d'utiliser une technique de pointe dans un monument historique : l'implantation de poutres métalliques porteuses à la fois du plancher d'accueil du public et des plafonds médiévaux. Le sol du rez-de-chaussée a dû être rehaussé, créant un sous-sol de trois mètres de haut où se trouvent à présent les cinq cheminées d’origine. La gigantesque salle de réception faisait donc à l’origine près de dix mètres de haut.

 

Divisée en deux parties à l’origine comme le montrent les motifs différents des poutres, c’était sans doute une salle d’apparat succédant à une antichambre ou salle de gardes. L’ensemble mesure 32 mètres de long sur 10 mètres de large.

Les décors peints au XIVème siècle sur plafonds et murs sont remarquablement conservés. Ils sont d'origine, ont été restaurés mais non repeints. La peinture y fut posée sans enduit, directement sur la pierre, une technique archaïque.

 

L’antichambre est décorée de petites fleurs vertes sur fond orangé. Les autres murs sont couverts de représentations de blasons, dont certains ne sont pas identifiés.

Poutres et murs assortis dans l'antichambre 

Les plafonds sont composés de neuf travées séparées par des poutres offrant différents motifs, croix, rinceaux à feuilles de vigne ; chaque travée compte trois caissons de sept solives, soit 54 petits compartiments décorés des rinceaux et des feuilles  tréflées. Tout est 

peint  en rouge  et bleu alternativement, les couleurs étant beaucoup plus vives à l'origine.

 

L’ensemble est à la fois de tradition française géométrique, et d’influence italienne avec arabesques et végétaux.

Escalier 

L'escalier actuel a été achevé par les Jésuite en 1608.C’est en haut que l’on distingue les traces du cadran solaire d’Athanase Kircher du XVIème siècle. Il existait auparavant un escalier partnt du fond de la salle du 1er étage, dont il reste des arcs décoratifs.

 

Au 2eme étage, au fond du couloir, une porte menait à une ancienne chapelle du collège.

Décor de l'ancien escalier (1er étage)

Salle du 3eme étage

 

Dans l'étroit passage à l’entrée de la salle on peut voir les merlons qui étaient alors situés à l’extérieur, et l’arrière de la cheminée de l’antichambre.

 

A l’origine cette salle, de 32 m sur 10 également, était divisée en trois parties comme en attestent les fresques. Ces salles étaient sans doute réservées aux intimes du cardinal, la première servant d’antichambre avec une énorme cheminée, puis de plus en plus réservées à l’intimité avec une chambre et un cabinet au fond.

Là aussi, une multitude de blasons décorent les murs, Les motifs architecturaux en trompe-l’œil sont novateurs à l’époque, les peintres italiens en ayant été les précurseurs.

Au fond, entre les poutres, le long des murs ont distingue des pies à ailes noires et ventres blancs. Appelées « cecca » en toscan, elles sont peut-être à rapprocher du nom Ceccano.

Les cris des oiseaux sont figurés par des lignes rouges et bleues.

Le motif courant de l’hybride anthropomorphe, composé d’une tête ou d’un buste humain sur un corps de quadrupède dont restent seules les pattes arrières, ou celui de créatures grotesques, souvent traités par paire dans un affrontement symétrique, se trouve sur la frise sous la charpente. Ces images, souvent représentées au XIII et XIVème siècles, peuvent être interprétées comme des allégories du bouleversement du monde.

On ignore la fonction de l’immense baie vitrée au fond de la salle. On sait qu’elle fut percée dès le XIVème siècle, alors que la livrée avait été conçue comme une « maison forte » capable de se défendre, ainsi que le prouve le peu de fenêtres en bas. Pouvait-elle être vitrée sur une telle surface ? Sans doute à la manière des vitraux d'église, extrêmement coûteux.

La restauration de la livrée Ceccano stupéfia les Avignonnais : ceux qui y avaient été scolarisés découvrirent dans le réfectoire et les dortoirs, rendus à leur espace initial et débarrassés des badigeons, fresques murales et plafonds peints ; le jardin n’était plus un parking…

La bibliothèque

Le livre et l'architecture sont tous deux lieux de mémoire.

A la Renaissance et à l’époque moderne, bibliothèque et muséum se confondent. Dans les cabinets de curiosités des châteaux et des hôtels particuliers, on collectionne les livres rares et précieux, mais aussi les objets tels que globes, instruments d’optiques, éléments d’archéologie, médailles, inscriptions, gravures, coquillages, minéraux, squelettes d’animaux exotiques… Certaines bibliothèques royales ou de riches – et moins riches - collectionneurs rassemblent ainsi « tous les savoirs du monde », comme celles d’Esprit Calvet ou d’Esprit Requien. Il faut attendre le XXème siècle pour dissocier ces deux aspects, les contenus étant souvent devenus trop abondants et nécessitant des mises en valeur diversifiées.

Comment furent constitués les fonds ?

Fin 1792, les autorités révolutionnaires saisissent les bibliothèques des établissements religieux et des émigrés et engagent du personnel pour faire le tri dans un énorme fatras d’ouvrages religieux « dépourvus d’intérêt »,de livres très abîmés, mal stockés, de documents obsolètes.

 

La première bibliothèque publique d'Avignon est fondée en 1809. De nombreux donateurs de riches bibliothèques vont peu à peu alimenter les collections. En 1810, Esprit Calvet lègue ses ouvrages, l’ensemble de ses collections d’art et d’archéologie ainsi que certains de ses biens, rentes et fondations, à ce qui deviendra le « Museum Calvet ». En 1839, c’est Esprit Requien, grand collectionneur, qui fait don de sa « Bibliothèque historique du midi de la France »  et de sa correspondance. Puis Xavier Moutte, pharmacien des armées napoléoniennes, offre le « fonds Massilian », un très riche ensemble de documents locaux réunis par le chanoine Massilian peu avant la Révolution. Au tout début du XXème siècle, Frédéric Mistral donne régulièrement une partie des publications qu’il reçoit.

 

En 1911, legs de Paul Mariéton : environ 15.000 imprimés, 430 manuscrits et plusieurs recueils d’estampes, particulièrement féconds en littérature française du XIXème siècle. En 1939 le docteur Pansier fait don de sa bibliothèque et de l’ensemble de ses notes et travaux.

 

En 1982, tous ces documents – 90 000 ouvrages au total – qui envahissent les réserves du Musée Calvet sont transférés à Ceccano.

Esprit Calvet

Esprit Requien

Paul Mariéton

Docteur Pansier

Le projet de transférer les ouvrages du Musée Calvet à Ceccano date de 1955, mais il faut attendre l'arrivée en 1975 de Dominique Taddei, nouvel adjoint aux affaires culturelles pour lequel les bibliothèques représentaient un enjeu important, ainsi que M. Lecutiez, pour que la situation se débloque. Les professionnels des bibliothèques les plus progressistes sont souvent dans la mouvance du parti socialiste. Un ensemble de mesures va concerner à la fois la mission des bibliothèques, la place du livre à l'école, l'action culturelle en faveur du développement de la lecture considérée comme la base du combat pour la démocratie.

Dominique Taddei

Melle de Forbin, conservatrice à la section d'étude et des fonds spéciaux, fut choisie comme interlocutrice lors des rencontres avec les architectes des Monuments historiques. « Le problème de la compatibilité du bâtiment avec la bibliothèque ne s'est pas posé en ces termes parce qu'on était depuis longtemps acquis à l'idée qu'il fallait lui trouver une utilisation. Maintenant, il est évident que cela a posé des problèmes d'installation; comment offrir aux usagers un service moderne, confortable etc... et ne pas gâcher le bâtiment ? En fait, on semble être tombé d'accord sur le fait que si la bibliothèque s'en allait, on retrouverait intact le bâtiment restauré du XIVème siècle.»

Eclairage des salles

Nettoyage des poutres, 2025

Ceci explique les partis pris dans l'aménagement intérieur : les rampes lumineuses, suspendues par des fils à peine visibles ont été controversées, mais elles sont apparues comme le moyen de concilier la préservation de l'intégrité du lieu et l'éclairage de la salle. II en est de même des rayonnages volontairement bas et non fixés au mur afin de préserver les fresques murales. 

Aujourd’hui, la bibliothèque compte 820 m de rayonnages pour environ 30.000 ouvrages en libre accès, une discothèque et les périodiques.

Les documents patrimoniaux

Ce sont les documents destinés à être conservés à vie : livres du XIème au XXIème siècle, manuscrits et imprimés, estampes, cartes, plans, affiches, cartes postales, journaux, partitions, photographies et dessins, tel l’ Atlas Van Loon par Pieter Mortier de 1663.

Parmi ceux-ci, le « Livre d’heures de Valréas » avait été victime du vol de 36 feuillets à la fin des années 50. Un chercheur suédois spécialiste des enluminures gothiques, Thomas Berggvis Rydén, les avait acquis peu à peu pour les restituer à la bibliothèque en 2017.

Atlas Van Loon et feuillet du Livre d'Heures de Valréas

Les réserves se trouvent dans l'aile de droite construite au XVIIIème siècle, comprenant entre autres 260.000 volumes, 7000 manuscrits dont une centaine enluminés, 40.000 estampes, 12.000 partitions musicales… sur sept km de rayonnages répartis sur six niveaux.

Classée monument historique, témoin chargé d’Histoire, celle du faste de la Papauté avignonnaise et des multiples aléas qui ont suivi, portant toujours l’empreinte du cardinal qui lui a laissé son nom, la livrée offre de nos jours une synthèse réussie entre patrimoine, modernité et culture accessible à tous, dans un décor exceptionnel qui ne fait qu’amplifier le plaisir de la fréquenter.

Bibliographie

 

- Bernard Gamel-Cazalis – Fondation Calvet – Quelques grands donateurs de 1832 à 2012

- Françoise de Forbin – L’origine de la bibliothèque Ceccano – Archives de Vaucluse vol 9 (1989)

- Hervé Aliquot – Revue annuelle du Cosma (1983) 

- Marc Dylmans - Biographie d’Annibal de Ceccano – Bulletin de l’Institut historique belge de Rome (1973)

- Anne Massoni - Les hommes de l’ombre dans l’action pontificale entre le Limousin et Avignon au XIV e      siècle

- Document patrimonial - bibliotheques.avignon.fr/patrimoine/

- structurae.net/fr/ouvrages/livree-ceccano

- porteduventoux.com

- monumentum.fr/livree-cardinalice-ceccano-pa00081915.html

- https://www.patrimoinevalreas.org/le-manuscrit

- Jacques Plainemaison - Article : Monuments anciens, civilisations nouvelles

- Chroniques de la BnF septembre-décembre 2023

- https://fr.wikipedia.org/wiki/Fichier:Avenio_vulgo_Avignon_(Atlas_van_Loon).jpg

* Le Livre et la Lecture : colloque de Valence, janvier 1981 -  Fédération Nationale des Elus Socialistes et Républicains.

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