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Accueil  / Personnages / Les Vernet                                                                                                         Février 2026

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Les  VERNET

 peintres de père en fils

HORACE VERNET

     Emile Jean Horace Vernet naît à Paris en juin 1789 dans le logement du Louvre qu’occupaient ses parents, Carle et Fanny, sous la grande galerie.

 

A l’âge de trois ans, il se trouve mêlé, dans les bras de son père qui fut blessé, aux émeutes entre les Parisiens et la Garde suisse. Il grandit tout naturellement environné d’armes de toutes sortes qui servaient de modèles à Carle, sabres, canons en modèles réduits, carabines… Comme il se montre dissipé et peu studieux, ses années au collège des Quatre-Nations (fondé par un legs de Mazarin pour l’éducation de soixante gentilshommes, c’est actuellement le Palais de l’Institut de France) ne lui apportent guère l’éducation souhaitée, car il passe son temps à dessiner. Il est vrai qu’il a de qui tenir.

A l’âge de onze ans, rapporte l’un de ses  biographe, une madame de Périgord lui paie 24 sous un dessin de tulipe, et dès treize ans il assure suffisamment de commandes pour en vivre : dessins pour le « Journal des Modes », petits tableaux, vignettes qui ornent les invitations aux chasses impériales, qu’un graveur renommé déclare dignes de son propre burin.

L'amazone - Dessin pour le Journal des Modes.

Cependant, l’époque est aux exploits guerriers et conquêtes diverses, glorieux faits d’armes et officiers héroïques dont les récits fascinent le jeune Horace qui développe un talent remarquable pour les scènes de bataille grâce à sa mémoire prodigieuse. Il n’aime pas peindre « à l’antique » face au modèle, mais excelle dans la représentation des fantassins et cavaliers en pleine action. Il échappe à la conscription car il vient d’épouser, en 1810, Louise Pujol, fille du tailleur de la reine Marie-Louise. Ils auront  deux filles, dont l’aînée meurt en bas-âge.

Horace Vernet

Portrait de Louise Pujol

Géricault -  Portrait de Louise,

fille d'Horace et Louise Vernet

Il se plaît cependant à arborer la tournure d’un militaire. Contrairement à sa famille restée royaliste, il partage avec son ami Géricault une passion à la fois pour l’Empire, l’équitation et les chevaux. Il est d’ailleurs décoré par l’Empereur pour avoir pris part à la défense de Paris.

Son portrait de Jérôme Bonaparte, alors roi de Westphalie, payé 8000 francs, lui vaut sa première médaille et la reconnaissance officielle de son talent.

 

Horace utilise la lithographie, procédé qui vient d’être inventé, pour illustrer le sort des soldats de l’Empire, alors discrédités par la Restauration, par des scènes pleines de vérité mais aussi d’ironie.  En 1822, ses toiles représentant la Bataille de Jemmapes et La Barrière de Clichy sont refusées par le Salon de 1822.  Il les expose, avec une cinquantaine d’autres tableaux, chez lui dont L’atelier d’Horace, et tout Paris court les admirer

Deux soldats attrapant un porc

Cet atelier se situe au 5 de la rue de la Tour des Dames, dans le quartier de « la Nouvelle Athènes » à Paris qui réunit tout ce que l’époque compte d’artistes, cantatrices et tragédiennes, poètes romantiques et romanciers célèbres. Le tableau ne montre ni moulages antiques ni instruments savants, mais une reproduction académique d’une toile de son père Carle, avec lequel il a toujours entretenu un lien affectif et artistique très fort.

 

C’est un atelier romantique : « La mansarde de M. Vernet est à la fois un estaminet, une ménagerie, une écurie, une salle d’armes. On y fume, on y boit, on y chante, on lit le journal ; le chien aboie, le singe saute sur toutes les épaules, les murs sont garnis de selles, de harnais, de shakos. Le peintre travaille au plus fort de ce désordre et au milieu de toutes ces conversations qui s’entrecroisent. »

La barrière de Clichy

L'atelier

La faveur royale lui est acquise, et en 1826 il exécute deux portraits de Charles X en même temps que  Les adieux à Fontainebleau  de Napoléon. Il est nommé membre de l’Institut au côté de son père.

 

La même année, « Avignon fête dignement ses enfants prodiges grâce à deux mécènes : le baron de Montfaucon qui a fondé la Société des Amis des Arts et Auguste de Cambis d’Orsan, administrateur de la Fondation Calvet. Il est décidé qu’une galerie portera le nom de Joseph Vernet où l’on réunira les œuvres de sa lignée.

 

Les festivités comprennent la réception solennelle de Carle et d’Horace à l’inauguration organisée en grand apparat par la municipalité, avec discours à l’Académie de Vaucluse, spectacle au cirque Franconi en tournée à Avignon, et banquet dans la bibliothèque du musée lancé par une souscription. Le lendemain, visite de la ville pour les invités, exposition de dessins et de plans d’architecture et inauguration de la galerie Vernet avec les œuvres de Joseph, le Mazeppa d’Horace acheté 2000 francs et  le Cosaque sur un pont qui se brise de Carle, souvenir de la campagne de Suisse.

 

Il y a aussi les lectures de plusieurs épîtres en vers, éloge de Joseph par l’Académie de Vaucluse et l’Athénée d’Avignon et enfin la remise de cadeaux, médailles en bronze à l’effigie de Joseph par Petit, urnes en argent ciselé par l’orfèvre Gloria d’après des œuvres de Carle et le Trompette blessé d’Horace.

La fête renforce l’engouement de sa ville natale pour le peintre. Carle et Horace s’y présentent en famille unie dans l’hommage à leur père et grand-père, cependant leur ville d’attache reste Paris. »

Horace Vernet - Cosaque sur un pont qui se brise - 1799 - Institut Calvet

Mazeppa -  1828 - Institut Calvet

Puis, nommé directeur de l’Académie de France il part à Rome, accompagné de Carle, de sa femme et de leur fille Louise, « ange de grâce et de beauté, et aussi intelligence supérieure ».

 

Sa fonction correspond mal avec la liberté d’esprit, l’aisance extrême et l’impétuosité de Carle Vernet, qui recommande surtout, pour peindre, de « regarder par la fenêtre », sans perdre de temps à de multiples croquis préparatoires ! Cependant,  « On me loue de ma facilité, mais on ne sait pas que j'ai été douze ou quinze nuits sans dormir et en ne pensant à autre chose qu'à ce que je vais faire. »  

Horace Vernet - Portrait de sa fille, entre 1828 et 1833  Musée du Louvre

Le compositeur Mendelssohn décrit l’atelier de Rome :

[…] au milieu des fourrés du jardin de la villa Médicis, s'élève une petite maison dans laquelle on entend de loin retentir quelque bruit, cris ou querelles, airs de trompette, aboiements de chien : c'est l'atelier. Il y règne un beau désordre : fusils, cor de chasse, guenon, palettes, lièvres tirés, lapins pris au lacet ; aux murailles, les tableaux en train ou terminés. […] Il était dernièrement surchargé de tableaux commandés : tout à coup il avise dans la rue un de ces paysans de la campagne romaine que le gouvernement vient d'armer et qui chevauchent par la ville. Ce costume picaresque l'amuse. Le lendemain, voilà un tableau commencé, qui représente un de ces rustres, arrêté sur son cheval dans la campagne par le mauvais temps et qui porte la main à son fusil pour faire quelque mauvais coup; dans le fond, un petit corps de troupes, et puis la plaine déserte. Les menus détails de l'armement qui sentent leur paysan, ce méchant cheval avec ses guenilles de harnais, l'air empêtré de l'homme et de la bête, le calme italien de ce gaillard barbu font un ravissant petit tableau ».

À Rome, il réalise des scènes de brigands, des paysages et de magnifiques portraits, parfois réalisés en une seule séance de pose.

Horace Vernet - Portrait de la marquise Misciatelli - Château de Versailles

Horace Vernet - Brigands italiens surpris par la troupe du Pape

Walters Arts Museum -  Baltimore

Horace Vernet - Louis Philippe duc d'Orléans

dans un paysage suisse - 1817 - Château de Versailles

La révolution de 1830  a porté sur le trône le duc d’Orléans, protecteur des Vernet depuis quinze ans, devenu Louis Philippe. Le sort des pensionnaires de la Villa Medicis est périlleux car la population s’en prend aux Français mais Horace maîtrise la situation. Il rentre en France en 1835 et le roi qui a entrepris la rénovation du musée de Versailles lui confie la salle Constantine.

 

La quinzaine de tableaux commandés, dont « La prise de la smala d’Abdel Kader » (23 mètres de long, un record) seront achevés en trois ans (nouveau record).

Horace Vernet - La prise de la smala d’Abdel Kader - Château de Versailles

Horace Vernet - Mamelouk -1830

Horace Vernet -  Jeune Africain - 1836

Collection privée

Il a découvert l’Algérie en 1833, un an après le voyage de Delacroix au Maroc et se met à représenter les personnages de l’Ancien Testament avec les tenues des Arabes modernes.

 

Il s’intéresse à l’anthropologie, fait partie de la Société ethnographique et expose sa théorie sur le costume à l’Institut.

Horace Vernet - Etudes de têtes - Collection privée

Horace Vernet - Collection privée

Sa fille Louise épouse le peintre Paul Delaroche, et le couple s’installe dans la maison voisine de celle d’Horace  :  «Deux cents ans de peinture dans la famille et un croisement de races qui relèvera l’espèce, voilà du passé et de l’avenir : le premier pas trop mauvais, et l’autre superbe ; il est permis de le croire. Je puis mourir à présent la bouche en cœur. » 

Paul Delaroche - Autoportrait

Musée Hébert Paris

Paul Delaroche - Horace Vernet

vers 1835 - Musée de Versailles

De 1842 à 1843 il est en Russie, pour convaincre l’empereur Nicolas Ier de se rapprocher de la France, Celui-ci le présente ainsi : « Messieurs, Vernet fait partie de mon état-major : je mets à l'ordre qu'il sera libre de faire tout ce que bon lui semblera » et il l’emmène pour un périple de « trois mille quatre cents lieues »

«Que je te parle du pays que je parcours ! Depuis Moscou jusqu'ici, je n'ai vu que de grandes plaines toute plate et coupées de distance en distance par des ravins, des rivières ou des fleuves, le Volga, le Dniéper, etc. Une foule de tumulus disent au passant : ici on a combattu. Vainqueurs et vaincus dorment ensemble ; l'herbe pousse à la fois sur le corps du Tartare, du Polonais, du Suédois et du Cosaque.» (Lettre d’Horace Vernet)

Horace Vernet - Autoportrait

Saint Pétersbourg

En 1845, il a la douleur de perdre sa fille Louise, âgée de 31 ans et mère de deux jeunes enfants. Quelques années plus tard, il peint une allégorie fantastique intitulée « L’Ange de la mort »  : un ange énigmatique emporte le corps de la jeune femme, laissant son mari anéanti.

Horace Vernet - L'ange de la Mort

Musée de l'Ermitage Saint Pétersbourg

Ayant acheté un vaste domaine, les Bormettes à La Londe les Maures près de Hyères, en 1855, il s’est fait construire un grand château de style fort éclectique. Féru d’agriculture, il se passionne pour cette propriété et s’y consacre à sa famille et à l’exploitation de ses terres, ainsi que celles qu’il possède en Algérie.

Sa femme meurt en 1858. Il se remarie l’année suivante avec Marie-Amélie Fuller, fille d’un lieutenant général de l'armée britannique, veuve. Quand il tombe gravement malade, en 1862, Napoléon III lui écrit : « Mon cher Monsieur Horace Vernet, je vous envoie la croix de Grand Officier de la Légion d'honneur comme au grand peintre d'une grande époque.».

 

Il meurt en janvier 1863, à 73 ans, et est inhumé au cimetière de Montmartre.

« Il était un homme d’esprit, caractère aimable, une nature droite, honnête, loyale, vive et sensée », selon Sainte-Beuve.

 

Sa versatilité et son opportunisme en politique lui sont reprochés par ses contemporains, mais il s’en soucie probablement fort peu. « Il a visité toutes les cours d’Europe et du Maghreb, fait le portrait de tous les princes, reçut toutes les décorations et revêtu tous les costumes ».

Bonapartiste fidèle, il célèbre l’empereur défunt en 1821 dans son immense Tombeau de Napoléon, représentant l'Empereur terrassé sur un rocher de Sainte-Hélène – mais il recevra tous les honneurs de la monarchie.

 

Le Second Empire saluera sa carrière lors de l’Exposition universelle de 1855.  Il est alors l’un des artistes les plus admirés de son époque.

Marie Amélie Fuller

Alexis Witkovsky -  Horace Vernet

académicien -1864

Musée de Versailles

Horace Vernet a profondément modifié l’image du peintre solitaire, habité de culture classique et bien élevé, alors que  « toute communauté d’artistes comprend l’oisiveté, l’ivrognerie, la liberté de mœurs, le goût de la provocation, l’ambigüité ». Seul compte le talent, et il n’en manquait pas ! Durant toute sa carrière, ses tableaux ont été appréciés, parfois encensés, tout en étant aussi le sujet constant de critiques (y compris de la part de Baudelaire qui voyait en lui, fort injustement « un militaire faisant de la peinture »). Son inspiration fut constamment hétéroclite, Horace Vernet étant « à la fois tout et son contraire. »

Bibliographie

-Valérie Bajou Texte de présentation de l’exposition consacrée à Horace Vernet à Versailles

-Valérie Bajou - La gloire héréditaire dans Horace Vernet, ouvrage collectif

-Odile Cavalier – Présentation de la Relation de ce qui s’est passé à Avignon pendant le séjour de la famille Vernet dans cette ville peut-être par M de Cambis – Bibliotèque Ceccano

-Charles Blanc – Une famille d’artistes – Les trois Vernet - (Critique d'art 1813-1882)

-Revue Chemin d’Éternité, n°287, juillet-août 2018

-www.chateauversailles.fr

-royalprovenance.com

-www.montmartre-secret.com

-/www.beauxarts.com

< Carle Vernet
Les femmes d'Avignon >

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