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Par Philippe, Avril 2026
Faune sauvage intramuros
La nature au cœur de la cité des Papes
Ville de pierre et de mémoire, Avignon est aussi une ville vivante.
Derrière les remparts médiévaux, sur les toits de tuiles, dans les jardins discrets et le long du Rhône, une faune sauvage s’est installée et continue de s’adapter aux contraintes urbaines.
Cette nature, souvent discrète, fait désormais partie du paysage quotidien et contribue à l’identité sensible du centre historique.

Héron cendré - Tableau de Johan de Crem
Si l’on considère uniquement les vertébrés et les espèces les plus visibles, la faune sauvage intra-muros d’Avignon représente probablement entre 60 et 100 espèces observables au fil d’une année. Ce chiffre augmenterait fortement si l’on prenait en compte l’ensemble des insectes et autres invertébrés, beaucoup plus nombreux mais souvent méconnus.
Vous trouverez nos sources pour cet article à la fin de celui-ci. Nous tenons à remercier très chaleureusement Rachida Kechiche, membre du groupe local de la Ligue de Protection des Oiseaux (LPO), qui a recherché dans ses collections personnelles des images d'oiseaux, prises par elle à Avignon, autant que possible. N'hésitez pas à visiter son blog!
Et merci également à Johan de Crem, magnifique peintre animalier installé à Avignon, dont quelques oeuvres avignonnaises sont reproduites dans cet article. Ne manquez pas de visiter ses réseaux sociaux!
Les oiseaux familiers du ciel intra-muros
Dans le ciel du centre ancien, le martinet noir (Apus apus), très fréquent du printemps à l’été, constitue l’une des espèces les plus caractéristiques. Il cohabite à Avignon avec le martinet pâle (Apus pallidus), espèce typique des villes méditerranéennes et en expansion dans la région.

Martinet noir
L’hirondelle de fenêtre (Delichon urbicum), reconnaissable à ses nids de boue sous les corniches, reste une espèce emblématique du centre historique, bien qu'en déclin global.
L’hirondelle rustique (Hirundo rustica), plus liée aux milieux ouverts, peut être observée en chasse ou en migration au-dessus du centre ancien et des berges du Rhône.
![]() Hirondelle rustique | ![]() Hirondelle de fenêtre |
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Dans les rues et sur les places dominent les pigeons bisets urbains (Columba livia), les tourterelles turques (Streptopelia decaocto) et les moineaux domestiques (Passer domesticus), particulièrement bien adaptés à la vie citadine.

On doit aussi citer le moineau friquet, cousin du moineau domestique, moins répandu que celui-ci, et qu'affectionne particulièrement Johan deCrem!

Les façades anciennes accueillent régulièrement le rougequeue noir (Phoenicurus ochruros), tandis que les espaces arborés abritent merles noirs (Turdus merula), rougegorges familiers (Erithacus rubecula), mésanges charbonnières (Parus major) et mésanges bleues (Cyanistes caeruleus).

Le pinson des arbres (Fringilla coelebs), le verdier d’Europe (Chloris chloris), le chardonneret élégant (Carduelis carduelis) ou encore l’étourneau sansonnet (Sturnus vulgaris) figurent également parmi les espèces fréquentes.
![]() Verdier d'Europe | ![]() Pinson des arbres |
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![]() Chardonneret élégant | ![]() Etourneau sansonnet |
Autour des monuments et des remparts, le choucas des tours (Coloeus monedula) et la corneille noire (Corvus corone) sont bien présents.
Plus haut dans le ciel, le faucon crécerelle (Falco tinnunculus) chasse régulièrement.

La buse variable (Buteo buteo), commune dans les paysages ouverts autour d’Avignon, peut être observée occasionnellement en survol.
Plus rare mais spectaculaire, le faucon pèlerin (Falco peregrinus) peut être observé en chasse au-dessus du centre historique ou le long du Rhône, témoignant du retour des grands rapaces dans les paysages urbains.
![]() Buse variable | ![]() Faucon pélerin |
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Aujourd’hui très abondants, les goélands leucophées (Larus michahellis) témoignent de l’adaptation remarquable de certaines espèces littorales aux milieux urbains méditerranéens.
![]() Goeland leucophée |
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Plus discrète, la huppe fasciée (Upupa epops) peut être entendue certaines années dans les quartiers arborés.
![]() Huppe fasciée |
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Jardins et arbres anciens : des refuges essentiels
Le Rocher des Doms, les alignements de platanes et les jardins intra-muros constituent des îlots de biodiversité importants.
On y observe fréquemment grives musiciennes (Turdus philomelos), sittelles torchepots (Sitta europaea) et grimpereaux des jardins (Certhia brachydactyla).

La pie bavarde (Pica pica), espèce intelligente et opportuniste, est aujourd’hui bien installée dans les secteurs arborés et les jardins du centre ancien.
Le pigeon ramier, espèce forestière en voie d’urbanisation, est désormais lui aussi régulier dans les secteurs arborés intra-muros.
![]() Pie bavarde | ![]() Pigeon ramier |
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Le discret hérisson d’Europe (Erinaceus europaeus), nocturne, utilise ces espaces comme zones de refuge et de déplacement.
![]() Hérisson d'Europe |
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Au Rocher des Doms, on peut observer l'écureuil roux (Sciurus vulgaris), discret mais bien présent.
![]() Ecureuil roux |
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Le canard colvert (Anas platyrhynchos), bien que souvent familiarisé avec la présence humaine, reste une espèce sauvage caractéristique des plans d’eau urbains.
![]() Canards colvert |
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Une petite faune adaptée aux murs et aux pierres
Les pierres chauffées des remparts et des ruelles anciennes offrent des conditions idéales au lézard des murailles (Podarcis muralis), très commun.
La tarente de Maurétanie (Tarentola mauritanica), typique des villes méditerranéennes, chasse les insectes autour des éclairages nocturnes.
![]() Tarente de Maurétanie | ![]() Lézard de muraille |
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La ville nocturne
À la tombée de la nuit, les pipistrelles communes (Pipistrellus pipistrellus) et pipistrelles de Kuhl (Pipistrellus kuhlii) survolent régulièrement rues et cours intérieures.
La sérotine commune (Eptesicus serotinus) est également présente.
Alliées nocturnes des martinets dans la chasse aux moustiques, ces chauves-souris peuvent capturer 600 insectes par heure!
![]() Pipistrelle | ![]() Sérotine |
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Dans les secteurs arborés, la chouette hulotte (Strix aluco), discrète mais bien installée, fait entendre certaines nuits son chant profond.
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Des visiteurs plus étonnants et rares, renard roux (vulpes vulpes) et fouines (marta foina) peuvent aussi être aperçus la nuit. Cet article publié par ICI Provence en fait état :
![]() Fouine | ![]() Renard roux |
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Et si des sangliers sont présents sur la Barthelasse et à Montfavet, pas d'observation pour l'instant d'animal égaré en centre ville!!
Quand au loup, très présent sur le Ventoux, pas vu non plus pour l'instant...
Le Rhône, corridor naturel majeur
À proximité immédiate du centre historique, le Rhône joue un rôle essentiel de corridor écologique.
Hérons cendrés, aigrettes garzettes, cormorans et gallinules y sont régulièrement observés.
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Le ragondin (Myocastor coypus), espèce invasive venue d'Amérique du sud, est commun, tandis que le castor d’Europe (Castor fiber), beaucoup plus discret, peut être aperçu..
![]() Castor d'Europe | ![]() Ragondin |
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De nombreuses espèces de poissons peuplent bien sûr le Rhône, le long des remparts. Les plus emblématiques sont le silure glane (Silurus glanis), le chevesne (Squalius cephalus), le gardon (Rutilus rutilus) et la carpe commune (Cyprinus carpio).
![]() Silure | ![]() Chevesne |
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![]() Carpe commune | ![]() Gardon |
Aux abords du Rhône et des remparts, on peut observer plusieurs reptiles, notamment la couleuvre à collier (Natrix helvetica) dans les zones humides et la couleuvre verte et jaune (Hierophis viridiflavus), plus terrestre, sur les talus et secteurs ensoleillés.
On trouve également des grenouilles vertes (Pelophylax sp.) et des crapauds communs (Bufo bufo).
![]() Couleuvre à collier | ![]() Couleuvre verte et jaune |
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![]() Grenouille verte | ![]() Crapaud commun |
Une faune urbaine parfois dérangeante
Toutes les espèces ne sont pas accueillies avec le même enthousiasme. Le rat surmulot (Rattus norvegicus), par exemple, est omniprésent dans les ruelles, les caves ou le long des berges du Rhône.
Cet article de France Bleu (ICI) de 2019 évaluait sa population à Avignon à 225.000 individus.
Indésirable pour des raisons sanitaires, il reste néanmoins un acteur de la biodiversité urbaine, recyclant une partie des déchets organiques et servant de proie à plusieurs prédateurs diurnes ou nocturnes, notamment les rapaces.
![]() Rat brun |
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À côté des rats, plusieurs petits rongeurs occupent discrètement les milieux urbains. La souris domestique (Mus musculus), très liée aux bâtiments, est probablement l’un des mammifères les plus répandus mais aussi les moins visibles. Dans les secteurs plus végétalisés, le mulot sylvestre (Apodemus sylvaticus) peut également être présent.
![]() Souris domestique | ![]() Mulot sylvestre |
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Faune urbaine : entre fragilisation et nouveaux équilibres
Depuis plusieurs décennies, la biodiversité décline à grande échelle.
La diminution des insectes affecte directement les oiseaux insectivores comme les hirondelles ou les martinets.
Le réchauffement climatique modifie les cycles biologiques, accentue les sécheresses et perturbe les équilibres écologiques.
En ville, s’ajoutent :
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disparition des cavités de nidification
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artificialisation des sols
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pollution lumineuse
À ces facteurs s’ajoute une pression souvent méconnue : la prédation exercée par les chats domestiques (Felis catus). En France, ils seraient responsables de la mort de plusieurs dizaines de millions d’oiseaux chaque année, principalement de petits passereaux déjà fragilisés. Sans constituer la cause principale du déclin des populations, cette prédation représente une pression supplémentaire significative dans les milieux urbains.
Cependant, les centres anciens peuvent aussi jouer un rôle de refuge écologique : moins de pesticides, diversité de micro-habitats, proximité du Rhône.
La ville devient ainsi un espace de recomposition du vivant.
Et on peut bien sûr favoriser ce rôle de refuge :
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Préserver les cavités ou installer des nichoirs
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Diversifier la végétation
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Limiter pesticides et insecticides
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Installer des points d’eau
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Réduire l’éclairage nocturne
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Maintenir des continuités écologiques
La LPO, via son groupe local le Héron d'Avignon anime des actions qui vont dans ce sens, comme la pose de nichoirs ci-dessous.
![]() Nichoirs à martinets sur les rempartsPhoto Christophe Nguyen-the |
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Une nature discrète mais essentielle
À Avignon, la pierre et le vivant dialoguent depuis des siècles.
Entre remparts, jardins cachés et rives du Rhône, la faune sauvage poursuit son adaptation silencieuse à la ville des hommes.
Cette présence, parfois furtive, rappelle que les centres historiques ne sont pas seulement des lieux de mémoire, mais aussi des espaces d’avenir pour la biodiversité.
Observer un martinet au-dessus d’une place, entendre la chouette hulotte dans la nuit ou apercevoir un héron au bord du fleuve, c’est redécouvrir que la cité des Papes demeure, aussi, une cité du vivant.
Sources
LPO PACA – https://paca.lpo.fr
Faune-PACA – https://www.faune-paca.org
INPN (MNHN) – https://inpn.mnhn.fr
ABC Grand Avignon – https://www.grandavignon.fr
Groupe local LPO « Héron d’Avignon » – https://www.facebook.com/HeronAvignon/
Johan de Crem :
https://www.facebook.com/JohanFlorencedeCrem/
https://www.instagram.com/johandecrem/
Rachida Kebiche :



















































