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Par Liliane  septembre 2026

Petites histoires au sein de la grande Histoire...

Celle d'Avignon est riche en anecdotes, tragiques ou cocasses.

Monsieur rue des Lices

Quand vous passerez par la rue des Lices, regardez bien la façade du n° 68. Vous y discernerez cette inscription :

 LE XXVII  1... 78 ...MONSIEUR

Une fois complétée, l'inscription donne : Le 27 septembre 1778 je vois passer Monsieur.

Monsieur ? Le comte d’Artois, futur Charles X.

 

Charles-Philippe de France, dernier des petits-fils de Louis XV, né en 1757, fut le prince le plus fastueux des dernières années du XVIIIe siècle.

C’est à 19 ans qu’il a l’occasion de passer par Avignon au cours d’un voyage en Provence. La ville et le Comtat Venaissin sont encore propriétés du pape.

Antoine François Callet - Charles d'Artois - 1779 - Château de Versailles

Ses deux frères aînés seront rois également : le duc de Berry, devenu Louis XVI, et le duc de Provence, futur Louis XVIII. Leurs parents, le dauphin Louis de France et Marie-Josèphe de Saxe furent très attentifs à l’enseignement reçu par tous leurs enfants.

 

Pour lui ôter, en tant que cadet, toute ambition politique, on le comble d’honneurs dès le plus jeune âge, ce qui lui convient parfaitement : chevalier de la Toison d’or, chevalier des ordres du roi, colonel général des Suisses et Grisons... Le comte de Maurepas, ministre de Louis XV puis de Louis XVI (carrière commencée dès l'âge de dix-sept ans en tant que superviseur des affaires du Clergé et de Paris à la Maison du Roi), lui aurait dit : « Faites des dettes, nous les paierons ! » de quoi encourager son attrait pour la frivolité et le luxe. Sa belle-sœur Marie-Antoinette partage avec lui la passion du jeu et de l’opéra, d'autant qu'il est séduisant, drôle et plein de cet esprit cruel propre à la cour.

Son désir de briller sur les champs de bataille n’ayant rien donné, il préfère vite se consacrer à la décoration de ses résidences à Versailles, à Bagatelle qu’il fait construire en 1777 à la suite d'un pari avec Marie-Antoinette, au Temple, en son château de Maisons Laffitte « écrin des arts de son temps ».

Le château de Maisons Laffitte

A 16 ans on lui fait épouser la princesse Marie-Thérèse de Savoie lors de somptueuses festivités, les dernières du règne de Louis XV. La jeune fille, timide, réservée, jugée peu gracieuse, ne s’intègrera jamais à la cour mais la naissance d’un fils, le duc d’Angoulême, en 1775, donne au couple un statut fort envié car les deux frères aînés de Charles-Philippe n’ont pas encore d’héritier. Cependant ses innombrables aventures amoureuses sont amplement relayées dans les gazettes, de même que son goût pour les arts.

 

Hubert Drouais - Marie Thérèse de Savoie

Ce mode de vie fastueux à une époque de famine et de rébellion le rend fort impopulaire et Louis XVI lui demande de quitter la France dès juillet 1789.  Il va alors errer de résidence en résidence plus ou moins royales près de vingt-cinq ans à travers l’Europe.

Jean Baptiste Moitte - Le compte d'Artois en habit de chasse - Amiens  Musée de Picardie - Ph Didier Cry

A la chute de Napoléon en 1815 la haine des royalistes à l’encontre de la révolution française explose. C’est la Terreur blanche. Dans le Midi, les Verdets, du nom de la cocarde verte que portent les partisans de Monsieur, mettent en place une vague de violences dont sera victime en particulier le maréchal Brune assassiné à Avignon.

 

Charles d’Artois de retour en France lors de la Restauration devient chef de file des ultraroyalistes. En 1824, à 67 ans, il succède enfin à son frère Louis XVIII sous le nom de Charles X. Conservateur, devenu dévot, il tente de recréer certains des usages de l'Ancien Régime, se faisant sacrer à Reims et promulguant la loi d'indemnisation des émigrés. Il parvient à stabiliser le climat politique entraînant une certaine prospérité économique. 

Anonyme - Allégorie de la Terreur Blanche

Mais en 1830, en  restreignant notamment la liberté de la presse et en modifient le système électoral, il provoque la révolution des « Trois Glorieuses » à Paris. Il abdique au profit de son petit-fils, l’éphémère Louis XIX, mais c’est son cousin Louis-Philippe d'Orléans qui prend le titre de « roi des Français ». C'est la fin du règne des Bourbons en France.

 

Charles X part en exil, et décède du choléra en 1836, à l'âge de 79 ans.

François Gérard - Charles X en 1825

Nous ne saurons jamais qui a vu passer le jeune et fringant Monsieur rue des Lices en 1778 et en fut suffisamment impressionné pour en graver le souvenir sur le mur de sa maison.

 

Mais en septembre 1814, Charles d’Artois, moins fringant sans doute à 57 ans, est de retour à Avignon où on lui fait une réception grandiose qui coûte « 31403 francs et 75 centimes » précisément, somme non négligeable pour une ville pas encore remise des séquelles de la Révolution et du départ de la cour papale.

 

A cette occasion le maire Guillaume Puy proclame que « Annoncer aux Avignonnais qu’ils auront le bonheur de posséder dans leur ville Monsieur le frère du Roi, c’est être sûr qu’ils saisiront avec empressement cette occasion pour manifester les sentiments dont ils sont pénétrés pour le Roi et son auguste famille ! »

 

Le compte-rendu de la réception donne en tout cas une idée, à quelques détails près, de ce qui put être celle de 1778.

 

Le prince fait son entrée en « habit vert et des épaulettes de lieutenant à cheval, le lendemain il parut avec un habit de garde nationale. » On a élevé arcs de triomphe et pavillons de verdure (3193 francs), construit une façade en bois à l’Hôtel de Ville, jonché les rues de sable et de roseaux, mis des décorations de fleurs, dressé quatre fontaines à vin sur la place de l’Horloge, offert des bouquets à sa majesté et distribué des «comestibles » aux indigents et du vin au régiment de Berry, équipé de neuf la Garde nationale, et acheté des rubans « pour décorer les ouvriers présentés à S.A.R »… Sans oublier les « rafraichissements, buffet et dîner à la Préfecture »

 

Un bal est éclairé par « onze à douze mille verres de différentes couleurs qui formaient la façade ; chaque verre coûtait six sous. Monsieur fut à la messe à 11 heures à Saint Angricol où Mgr l’Evêque le complimenta et le reçut sous le dais..../... Le Prince a été à l’îsle de Piot passer la revue des troupes. Là il a distribué des croix. Ceux qui les ont reçues se sont mis à genoux et ont prêté serment de fidélité au Roi. .../...il est venu à l’hôpital et a donné 3000 francs aux hospices ».

Bibliographie

Benoît Delcourte – Article extrait des Carnets de Versailles n°27

Frédéric de Natal - Le mouvement légitimiste dans le Midi

Marius Lechalier - Les annales municipales de la ville d'Avignon de 1790 à nos jours.1er vol.

V. Imbert – Relation de la réception du Comte d’Artois

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